Je quitte mon ordinateur en titubant, essaye de ne pas prêter une quelconque importance au vertige qui noircie ma vision. Je pousse la porte de ma chambre, m'accrochant presque à elle. Ma tête est lourde. Je sens des fourmillements tout le long de mon corps crispé. Je trébuche, les larmes me brouillant la vue. Je reste à terre quelques secondes. Puis je me rends compte. Je suis à genou, mes joues sont sales de ces coulées de larmes, ces coulée sombres et souillées. Alors je me relève, j'essaye de remporter ce qu'il me reste de dignité pour l'enfermer avec moi. J'arrive dans les toilettes où je m'enferme. Je me penche sur la cuvette, essuie d'un geste de main les larmes qui roulent le long de mes joues. Je me retiens les cheveux, je respire un bon coup en réfléchissant brièvement. Je me connais et sais comment me faire vomir. Ce ne sera pas la première fois. Je sens toute cette ranc½ur, cette tristesse me couler du fond de la gorge jusqu'à en sortir, pour tenter vainement de me soulager. Je vomis. Je vomis tout ce que je peux, tentant d'évacuer le dégoût et la haine qui m'emplissent. Quand tout est enfin finit, je m'écroule. Je glisse le long du mur, m'assoie contre cette paroi lisse et froide. Je suis terrorisée, pleine de frissons. Mes mains tremblent, les larmes coulent. J'ai peur. J'ai si peur. Mon état actuel semble se résumer à une espèce de champ de bataille dévasté par la pluie, la grêle, piétinée par une seule personne. Une personne capable de tellement de mal qu'elle m'a anéantit. Ne me regardez pas, vous auriez peur. J'ai mal. Une douleur morale mais aussi physique. Je me suis longtemps accrochée aux façades. Je me cachais derrière l'image d'une fille. Une fille saine et qui n'aurait pas de problème. Et ces illusions semblent être restées trop longtemps. J'y ai peut-être cru. Je ne sais pas. J'ai peut-être pensé que les rêves peuvent s'exaucer si on les considère comme réels. Mais il ne faut jamais perdre de vue qu'ils sont et seront toujours fictifs. Mes illusions sont devenues trop fragiles et se sont éparpillées, ont coulé, emportées par mes saignements. Je me dégoûte. Je me sens sale. Je veux me relever. Mais je suis trop faible. Pas encore. Je vais attendre. Attendre que mes anges viennent. Eux seuls pourront me relever. Et pourtant je ne veux pas. Je ne veux pas qu'ils me voient. Pas dans cet état là.